Un paradis de SHENG Keyi : certainement pas pour ces femmes !

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Résumé »

Ce paradis est une clinique illégale pour mères porteuses gérée selon un système quasi militaire, qui tient autant du centre de détenues, voire de la maison close.
Les femmes y sont désignées par des numéros, mais se donnent entre elles des surnoms de fruits, comme autrefois les courtisanes de Shanghai. Plus rebelles que victimes, elles n’ont pas leur langue dans leur poche et fomentent des révoltes avec audace et esprit de dérision.
Tout est vu par l’œil innocent d’une jeune fille un peu simple d’esprit  : l’univers carcéral punitif, les histoires de ces femmes marquées par la violence masculine, et la solidarité des jeunes mères face aux surveillants et à un directeur obèse tout à son business de prison dorée.
Sans animosité ni colère, ce roman féministe dénonce le pouvoir patriarcal –  viols et sélection génétique – dans la Chine contemporaine. Avec des moments de grande tendresse et d’émotion.

Auteur : SHENG Keyi | 176 Pages | Éditions : Philippe Picquier

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Passez votre chemin si : il vous faut absolument un narrateur clair et un ordre chronologique particulier, si le féminisme vous est étranger

Selon moi :

Dans ce roman, Sheng Keyi, autrice chinoise traduite pour la première fois en France, accompagne son texte d’aquarelles qu’elle a elle-même réalisées. Cela amène un peu de couleurs dans ce sombre paradis ou les seules couleurs semblent être celles des robes des pensionnaires.

Elles varient selon leur avancement dans leur grossesse. Car oui, il est ici question d’explorer le fonctionnement d’une clinique illégale de mères porteuses avec un regard vu de l’intérieur. C’est Pêche (pour les pensionnaires) alias 168 (pour l’administration) alias Wenshui (pour sa mère) qui va nous le raconter alors qu’elle est simple d’esprit et muette.

Cela donne lieu à quelques bizarreries de narration, souvent on ne sait plus qui parle, de quand date le souvenir qu’elle raconte, s’il est réel ou fictif..

Certaines scènes sont drôles, d’autres cruelles mais décrites avec légèreté et poésie par Pêche qui est si candide. Les pensionnaires se révoltent gentiment contre leur prison volontaire, pour passer le temps. Elles ne font pas le poids face au directeur Niu qui est aveuglé par le profit généré par ses produits (comprenez les bébés), c’est son paradis. Ces femmes aux motivations assez différentes font bloc face au règlement, elles s’entraident comme elles peuvent. Les hommes, occupant toujours la place du pouvoir, sont abjects et m’ont vraiment dégoûtée. Cela m’a parfois fait penser à la série carcérale Orange is the New Black sauf que toutes les femmes sont ici enfermées pour la même raison et ont la même durée de « peine ».

En refermant ce roman j’ai eu l’impression d’une grande mascarade teintée d’horreur de ces femmes que l’on traite comme des récipients à bébés, un thème malgré tout abordé avec élégance et poésie par l’autrice. Il faut le souligner car si cela avait été traité en documentaire je pense que j’aurai pu refermer ce livre sans le terminer. Enfin, ce récit n’est pas daté mais ces cliniques, illégales, existent bel et bien. Dans le roman les parents paient 50 000 yuans contre 500 reversés à la mère porteuse, qu’en est-il dans la réalité ? Ce recours arrive dans la plupart des cas lorsque l’enfant unique du couple décède et que les parents sont trop âgés pour concevoir à nouveau, selon ce que j’ai pu trouver sur le net.

En tout cas merci à Babelio et ses masses critiques et les Editions Picquier pour leur envoi qui ne m’a pas emportée au paradis mais qui m’a fait découvrir une très jolie plume.

2 réponses à “Un paradis de SHENG Keyi : certainement pas pour ces femmes !”

  1. Zofia

    Ça n’a pas l’air d’être une lecture forcément facile mais le sujet est intéressant et ça a l’air très bien écrit, donc un titre à retenir !

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  2. Morgana (Deedr)

    Je l’ai lu la semaine dernière et j’ai vraiment pas mal apprécié. Comme tu le dis, la plume est très jolie et j’ai beaucoup aimé la narration qui navigue entre rêve et réalité. Mais j’avoue avoir aussi eu la sensation de ne pas forcément avoir tous les éléments en main pour bien comprendre en détails toute la critique à laquelle l’auteure se livre ; ma connaissance de la Chine étant très superficielle ^^

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