« Ils ne savent pas ce qu’ils font » de Jussi Valtonen : un feel-bad book très réussi, oui oui ! 😜

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Résumé (il est très bien fait !) : »

Baltimore, 2014. Le laboratoire de recherches en neurosciences du professeur Joe Cheyefski est saccagé par des défenseurs de la cause animale. Peu après, Joe apprend que les menaces qui pèsent sur lui et sur sa famille sont liées au fils qu’il a eu avec sa première épouse, devenu militant extrémiste, qu’il n’a pas revu depuis qu’il a quitté la Finlande deux décennies plus tôt en abandonnant femme et enfant. Joe s’inquiète également pour sa fille, Rebecca. Une grande entreprise l’a choisie pour être son porte-étendard au lycée : en échange de vêtements, de maquillage et d’accessoires, Rebecca doit promouvoir les produits de cette compagnie auprès de ses camarades, notamment une drogue contre l’anxiété sociale, Altius. Elle se voit aussi remettre un engin hyperconnecté relié directement à ses neurones, l’iAm, qui capte toutes ses données 24 h/24 et oriente ses choix, ses goûts, ses activités. Joe découvre bientôt que la multinationale qui se trouve derrière tout ça a infiltré différents secteurs de la société, et que ses propres recherches ne sont peut-être pas pour rien dans son malheur.
Jussi Valtonen livre un roman d’une ampleur magistrale, à la croisée de la Pastorale américaine de Philip Roth et du Meilleur des mondes d’Aldous Huxley. Il y aborde avec audace et ingéniosité quelques grandes questions de notre temps : la perte de repères dans une société hyperconnectée et impersonnelle, les écueils du consumérisme, les problèmes éthiques posés par la recherche scientifique. La dimension dystopique du récit, qui confine pourtant au réalisme, la qualité de l’écriture et la profondeur psychologique des personnages en font un grand roman contemporain qui tend un miroir terrifiant à ses lecteurs.Prix Finlandia 2014Né en 1974, Jussi Valtonen est un écrivain et psychologue finlandais. Après avoir étudié la neuropsychologie aux États-Unis et vécu en Grande-Bretagne, il a travaillé comme journaliste scientifique pour différentes revues. Il est l’auteur de trois romans et d’un recueil de nouvelles. Ils ne savent pas ce qu’ils font, son premier livre publié en France, meilleure vente de l’année 2014 en Finlande et traduit dans une dizaine de pays, s’est vu décerner le prestigieux Prix Finlandia.

Auteur : Jussi Valtonen | 672 Pages |  Éditions : Fayard

Lancez-vous : si les pavés ne vous font pas peur, si vous vous intéressez aux nouvelles technologies, l’intelligence artificielle, le respect de la vie privée…
Passez votre chemin : si vous cherchez un thriller scandinave, si vous voulez un page turner haletant

Selon moi :

Ce roman m’a attirée parmi le catalogue de NetGalley car pour un auteur finlandais pour une fois il ne s’agit pas d’un thriller ou d’un policier qui se déroule dans le froid scandinave. Merci aux Éditions Fayard pour m’avoir fait confiance sur ce titre. Ici on aborde donc différents sujets sensibles et actuels tels que la recherche scientifique, les tests sur les animaux, l’intelligence artificielle.

Jussi Valtonen est donc finlandais et parvient à nous livrer un aperçu de la Finlande très subjectif en ce qui concerne le domaine de la recherche scientifique (je suppose que cela colle de près à la réalité même si c’est un roman et non un documentaire). J’ai appris plein de choses à ce sujet : la communauté soudée de chercheurs, les recherches plus ou moins pertinentes, le systèmes des publications scientifiques, les lobbys…De l’autre côté il nous fait découvrir sa vision des États-Unis via l’état du Maryland et la ville de Baltimore grâce à ses connaissances vivant là-bas.

En ce qui concerne l’histoire on alterne entre les points de vue de Joe Chayefski, un chercheur américain de religion juive, Alina, son ex-femme finlandaise en pleine introspection et Samuel, l’enfant qu’ils ont eu ensemble. Ce roman couvre donc une vingtaine d’années au cours desquelles apparaissent Internet, les mails, Facebook…de manière générale de nouvelles manières de communiquer (dont nous ne savons pas toujours ce que nous en faisons..). On a le ressenti des personnages qui doivent s’adapter à ces nombreux changements. Notamment des deux filles du second mariage de Joe qui, elles, font partie de la génération dite des Digital Natives et s’approprient donc rapidement cette technologie qu’est l’iAm, un appareil de communication futuriste créé par l’auteur.

Ce livre est très dense, très complexe dans le sens où le fil directeur de l’histoire n’est pas toujours très clair cependant M. Valtonen prend le temps d’approfondir la psychologie de chaque personnages, ses pensées, ses doutes, ses peurs…Je ne saurai comment décrire son style d’écriture mais il est très particulier : on est rarement dans l’action présente mais plutôt dans le détail des actions passées qui ont amené cette situation, elles sont très détaillées. Ce style a fait que je n’ai jamais mis autant de temps à finir un livre tout en n’ayant pas envie de l’abandonner.

J’ai parlé de feel-bad book dans le titre de cet article car l’auteur nous relate ce que l’on pourrait appelé une dystopie très très proche de nous, tout en situant son roman en 2014 donc à une époque déjà révolue. Il y a de longues tirades sur la manipulation des informations, la protection des données, l’endoctrinement des jeunes à l’école, le port des armes (aux États-Unis), les lobbys scientifiques, l’utilité ou non de faire des tests sur les animaux…qui sont très bien décrites et argumentées mais elles m’ont fait froid dans le dos tellement elles collent à notre réalité d’aujourd’hui.

Exemple à un moment donné où Joe est en manque de l’iAm, il se demande par exemple comment il acceptait « avant » de ne faire « que » pipi, d’attendre « uniquement » que le poulet soit cuit…il voudrait être connecté en permanence au détriment des ses interactions sociales réelles. Je me dit que certains sont déjà très proches de ce stade et c’est ce genre de malaise qui m’a suivi pendant tout le livre, se dire que tout ce qui est décrit est malheureusement déjà arrivé ou en train d’arriver.

D’ailleurs dans les remerciements il aborde un peu les sources qu’il a utilisées, toutes issues de grandes revues scientifiques, véridiques.

Pour conclure j’emploierai le mot « magistral », en effet je ne pense pas qu’on puisse ressortir indemne de cette lecture.

 

 

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